Une étude Kaspersky menée par le cabinet d’études Averty, révèle un double paradoxe dans la manière dont les familles marocaines vivent le numérique : des parents massivement préoccupés par les risques auxquels leurs enfants sont exposés en ligne, mais qui restent, dans une large mesure, démunis pour les en protéger — et un dialogue familial qui informe moins qu’il n’y paraît.
Le numérique fait déjà partie du quotidien des enfants marocains de 10 à 16 ans : selon cette étude menée auprès de 1 064 parents à travers le pays, 45% des enfants disposent d’un smartphone personnel, et plus d’un tiers passent plus de 2 heures par jour devant un écran en dehors de l’école. YouTube et WhatsApp arrivent en tête des plateformes utilisées.
Dans ce contexte, 81% des parents se disent inquiets de ce que leur enfant peut voir ou vivre sur Internet. Mais cette inquiétude, aussi réelle soit-elle, ne se traduit pas en protection : près d’un parent sur deux (47%) n’a mis en place aucun dispositif de contrôle parental, et 16% ne supervisent d’aucune manière les activités en ligne de leur enfant — ni consultation du téléphone, ni connaissance de ses mots de passe, ni suivi de ses comptes. Plus surprenant encore, ce sont les parents les plus inquiets qui sont proportionnellement les moins équipés en contrôle parental — 49% des parents « très inquiets » n’en ont aucun, contre 40% chez les parents qui se disent sereins.
Le frein n’est pas d’abord technique : interrogés sur les raisons de cette absence de contrôle, plus d’un parent sur deux (53%) invoque la confiance qu’il accorde à son enfant — loin devant la méconnaissance des outils (14%) ou leur complexité perçue (7%). Le contrôle parental semble ainsi vécu par de nombreuses familles comme une remise en cause de cette confiance, plutôt que comme un filet de sécurité qui la complète. Ce retrait est encore plus marqué à l’adolescence : l’usage d’un contrôle parental chute de 43% chez les parents d’enfants de 10-12 ans à 36% pour les 13-16 ans, alors que l’exposition aux plateformes et aux risques ne diminue pas à cet âge.
L’étude met également au jour un second constat, plus intime : le décalage entre le sentiment de dialogue des parents et sa traduction réelle. 92% des parents estiment parler régulièrement ou de temps en temps avec leur enfant des usages et des risques en ligne. Pourtant, 44% des enfants ne leur ont jamais parlé spontanément d’un événement en ligne qui les a dérangés ou bouleversés. Et parmi les parents ayant identifié un incident vécu par leur enfant (21% de l’échantillon), près de la moitié (45%) ne l’ont pas appris de sa bouche : ils l’ont découvert en consultant son téléphone, ou après l’avoir activement questionné.
Ces résultats invitent à sortir d’une fausse alternative entre confiance et contrôle : les outils de protection existants ne remettent pas en cause la relation entre parents et enfants, ils la complètent. Alors que l’usage du contrôle parental recule justement au moment où il serait le plus utile — à l’adolescence —, cette étude souligne l’urgence de mieux faire connaître ces solutions et d’accompagner les familles dans leur adoption, notamment via les formats qu’elles réclament elles-mêmes : ateliers à l’école (54%), campagnes de sensibilisation et supports pratiques.
Méthodologie
Étude quantitative en ligne (CAWI), administrée en arabe et en français, auprès de 1 064 parents ou tuteurs d’enfants de 10 à 16 ans résidant au Maroc. Marge d’erreur de ±3,1 points à un niveau de confiance de 95%. Terrain réalisé en août 2026.
